Luminothérapie, chromothérapie antique

Extrait du livre  » Le Pouvoir de la Lumière  » À l’aube d’une nouvelle médecine  » d’ Anadi Martel

L’Inde possède une tradition de chromothérapie riche et ancienne, qui remonte à au moins 1500 av.J.-C. comme en témoigne l’Atharva-Véda qui détaille le pouvoir guérissant des rayons colorés du Soleil. Le système médical très sophistiqué de l’ayurvéda considère la couleur comme un élément clé de son arsenal thérapeutique, au même titre que l’alimentation et la pharmacopée, et l’applique tant sur la peau qu’à travers le système visuel.

Dans son Canon de la médecine complété en 1025, le grand médecin arabe Ibn Sînâ (Avicenne) accorde une importance vitale aux couleurs, tant du point de vue du diagnostic que du traitement. Il mentionne par exemple que le rouge stimule la circulation du sang, le bleu refroidit, et que le jaune réduit l’inflammation et la douleur musculaire.

Mon collègue Karl Ryberg souligne, dans Living Opticks, son traité d’histoire de la luminothérapie, qu’Avicenne bénéficiait de l’expertise inégalée des verriers du monde arabe, qui étaient parvenus à créer des panneaux de verre teinté d’une pureté chromatique et d’une translucidité sans précédent, bien supérieurs aux verres plus ou moins opaques que fabriquaient auparavant les Égyptiens ou les Babyloniens. Il avait notamment mis au point une alcôve de traitement permettant de baigner ses patients de rayons solaires filtrés par de tels panneaux de verre aux nouvelles teintes cristallines.

Ce perfectionnement du verre teinté est significatif, car il décuple le potentiel d’application de la lumière colorée. Les Vénitiens, dont l’empire commercial détenait le monopole de cette technologie importée de l’Orient, gardaient jalousement son secret. Les artisans de Murano, encore aujourd’hui le siège de la fabrication du verre à Venise, étaient tenus au silence à propos de leur technique, sous peine de mort. Inévitablement, le secret finit par essaimer et dès le XIIème siècle des vitraux aux couleurs de plus en plus chatoyantes font leur apparition dans les églises et cathédrales de l’Europe.

La pureté incomparable de leur lumière est nécessairement d’origine céleste et ils deviennent un élément essentiel des grandes cathédrales gothiques, menant à des chefs-d’oeuvres grandioses comme les rosaces de Chartres ou de Notre-Dame de Paris. On raconte que l’on amenait les gens souffrant de maux physiques ou mentaux sous leurs rayons guérisseurs, source de paix et d’harmonie, pour apporter un soulagement sans pareil.

Le pouvoir de la lumière Anadi Martel